Intervention de Monsieur GĂ©rard CAMBUZAT lors des Etats Généraux
de la Laïcité organisés par la libre pensée
le samedi 9 décembre 2006 au 3 rue du Château d'Eau 75010.
Je remercie chaleureusement la Libre Pensée
de cette invitation. C'est avec enthousiasme que nous avons répondu
favorablement à celle-ci. Notre rapprochement avec la Libre Pensée
ne date pas d'aujourd'hui. En effet, le 6 avril 2006, nous avons signé
une déclaration commune.
LAICITE-LIBERTE n'est pas simplement une association
oeuvrant pour la promotion de la laïcité, mais un lieu de
réflexion sur le concept même de laïcité ainsi
qu'un outil de défense de ce concept. En effet, nous constatons
qu'un «paradoxe historique» menace de dévitaliser
les grands acquis laïques de notre société républicaine.
D'une part, la laïcité est devenue une valeur acceptée
par tous, situation impensable il y a encore quelques dizaines d'années,
et elle ne constitue plus un enjeu conflictuel. Mais d'autre part, le
concept est devenu creux ou flou car de nouvelles lectures de ce qu'incarne
une société laïque sont venues vider le concept de
sa substance en y introduisant des éléments communautaristes
voire religieux, réduisant la laïcité à un
simple modus vivendi et lui déniant le statut de projet citoyen
régulant le fonctionnement de l'espace public.
Bref, en ayant gagné la bataille sociale, la
laïcité risque de perdre la guerre philosophique.
Ceci se traduit par des tentatives récurrentes
depuis une quinzaine d'années pour redéfinir la portée
de la laïcité en y adjoignant des adjectifs : laïcité«plurielle»,
laïcité «nouvelle», laïcité «tolérante»,
laïcité «ouverte», etc...Tous ces qualificatifs
fort sympathiques au demeurant mais réducteurs, masquent en réalité
une volonté rampante de rompre avec les grands acquis laïques
de la IIIème République.
Ainsi, la laïcité ne serait plus une garantie
philosophique de préservation de l'espace public vis-à-vis
des influences spirituelles ou religieuses, mais une simple règle
du jeu organisant la concurrence entre religions et/ou cultures. En
quelque sorte, toute l'organisation de la société se calquerait
sur ce constat : exit la primauté de l'espace public, exit l'imperméabilité
de l'école face aux religions, exit l'impérieux devoir
assigné autrefois à l'Etat de protéger la conscience
de l'enfant des influences dogmatiques afin de lui permettre de développer
son sens critique et de le mettre en situation de choisir un jour, ou
s'il le préfère, de ne choisir jamais...
Les thuriféraires de la laïcité
à adjectif poursuivent en réalité un but tout autre
qui s'inscrit dans un projet de société à l'anglo-saxonne
: en défendant l'idée que la laïcité ne saurait
être synonyme d'interdits ou de restrictions, en plaçant
la liberté de culte au-dessus des valeurs de la République,
ils abandonnent la notion d'espace public neutre et protégé
au profit de celle d'un débat public équitable et régulé.
Mais nous pensons que la laïcité n'est pas seulement un
mode d'organisation équitable, par les pouvoirs publics, de la
coexistence des différentes familles spirituelles se traduisant
par un traitement égal des différentes religions. La laïcité
n'est pas simplement la garante de l’égalité entre
religions et une façon de permettre aux minorités culturelles
de vivre leur foi sans entraves institutionnelles - nous sommes là
au coeur du communautarisme américain !
La laïcité est, à nos yeux, une
philosophie active et un des piliers de notre République. Elle
est le ciment social qui permet à tous de vivre ensemble, quelles
que soient les opinions et les croyances des uns et des autres. En plaçant
l'espace public au-dessus des partis et des clans, elle met l'accent
sur ce qui rapproche les citoyens et non ce qui les sépare. Elle
est bien plus qu'un mode d'organisation juridique des institutions en
séparant l'Eglise et l’Etat : elle est la promesse d'une
société tolérante, respectueuse de la liberté
de conscience, intransigeante quant à l'influence séculière
des religions.
Le débat dit du « voile » a d'ailleurs
illustré l'alliance tacite entre partisans d'une laïcité
minimaliste et représentants des religions monothéistes.
Ce n'est pas ainsi que LAICITE-LIBERTE entend la promouvoir, et interdire
les signes religieux à l'école est au contraire un acte
de tolérance et de respect pour l'école de la République
et pour la dignité de la femme... Pour nous, la laïcité
sans adjectif, est un pacte autour des valeurs républicaines
et d'une vision humaniste de la citoyenneté, ainsi qu'une garantie
de protection des plus faibles, des plus manipulables face à
la nouvelle agressivité intellectuelle des religions et des mouvements
sectaires.
LAICITE-LIBERTE appelle tous les citoyens et citoyennes
qui partagent cette vision de se regrouper et à participer à
une aventure exaltante : participer à ce grand combat citoyen.
Aujourd'hui ce combat doit être mené sur es deux axes essentiels
suivants : l'abrogation immédiate de l'article 89 de la loi du
13 août 2004 et la défense de la loi de 1905, donc contre
le rapport Machelon. Nous serons présents et joyeux aux obsèques
de ce rapport.
Gérard CAMBUZAT